La plupart des comptes rendus vous diront la même chose : deux arrêtés parus au Journal officiel du 27 juin 2026 élargissent la liste de vos droits. C'est vrai, mais ce n'est pas le plus important. Le vrai basculement, celui que vous sentirez dès la première tournée du 30 juin, n'est pas dans ce que vous avez le droit de faire. Il est dans le fait que la décision, et sa trace écrite, vous reviennent désormais. On passe d'une logique d'exécution encadrée à une logique de jugement engagé. Voici ce que cela change concrètement, poste par poste.
Ce qui bascule n'est pas une liste, c'est un pouvoir de décision
Le premier arrêté consacre la consultation infirmière conduite en autonomie, en cabinet, à domicile, en établissement ou en structure autorisée à dispenser des soins (arrêté du 26 juin 2026, actes et soins). Le mot à retenir n'est pas consultation, c'est autonomie. Concrètement, on vous reconnaît un temps clinique structuré où vous menez l'examen, posez le raisonnement, orientez, et où le compte rendu au dossier fait foi.
Ce temps s'appuie sur des évaluations que vous pratiquez déjà, mais qui deviennent des actes de plein exercice : repérage de la souffrance psychique et du risque suicidaire, évaluation de l'autonomie, de la dénutrition, du risque de chute, des conduites addictives. La contrepartie est immédiate : ce que vous décidez, vous le tracez et vous l'assumez. En libéral, un point reste suspendu et conditionne la portée réelle de la mesure : le périmètre exact et la rémunération de cette consultation seront fixés par la convention avec l'Assurance maladie. À surveiller de près, car sans valorisation, l'autonomie reste théorique.
Pour décider vite et juste, nous avons condensé les deux arrêtés en une grille de synthèse : ce que vous décidez seul, ce que vous prescrivez, et surtout les situations qui imposent encore la main du médecin. Deux pages, sourcées sur les textes.
Plaies : la première question n'est pas comment traiter, c'est faut-il traiter seul
Vous arrivez chez un patient, une plaie à examiner. Jusqu'ici, la prise en charge autonome de la plaie chronique ou aiguë vous ouvre un vrai champ : évaluation du lit de la plaie, analyse des facteurs de retard de cicatrisation, mesure de l'index de pression systolique, pose de compression en situation simple, prescription des pansements et du matériel pour une durée initiale de sept jours. Mais avant tout cela, le texte vous demande de vous poser une seule question, et c'est elle qui vous protège : cette plaie fait-elle partie des situations que je ne dois pas traiter seul ?
Renverser l'ordre habituel est ici la bonne hygiène clinique. On ne part pas des gestes autorisés, on part des portes fermées.
- Plaie du pied diabétique.
- Plaie oncologique ou post-radiothérapie.
- Plaie qui s'aggrave malgré des soins bien conduits.
- Brûlure sur terrain à risque, dont l'enfant de moins de 3 ans.
- Plaie post-chirurgicale, balistique ou du visage.
- Plaie de la main au-delà d'une simple dermabrasion superficielle.
Ce patient diabétique avec une plaie au pied, autrefois traité dans le flou du rôle propre, relève désormais explicitement d'une orientation. Savoir dire non au bon moment n'est pas un renoncement à l'autonomie, c'est ce qui la rend crédible.
Prescrire, c'est engager votre signature
Le second arrêté élargit nettement ce que vous pouvez prescrire ou renouveler (arrêté du 26 juin 2026, produits et examens). Plutôt que d'en faire un inventaire, il est plus utile de les lire selon le service rendu au patient devant vous.
Ce qui débloque une situation sur le champ. En santé sexuelle, vous pouvez prescrire des préservatifs, la contraception d'urgence, le dosage des bêta-HCG et les tests de dépistage des IST, et renouveler une contraception orale pour six mois maximum, non renouvelable. Sur la douleur, les antalgiques de palier I, y compris en visée antipyrétique, avec adaptation des posologies. Ce sont les prescriptions qui évitent un renvoi et une perte de chance.
Ce qui s'inscrit dans un suivi. La vaccination, d'abord : prescription et administration de l'ensemble des vaccins du calendrier aux personnes de 11 ans et plus, hors vaccins vivants atténués chez l'immunodéprimé, grippe dès 11 ans, covid-19 dès 5 ans, que la personne soit ciblée ou non par les recommandations. Le sevrage tabagique, avec les substituts nicotiniques et le bilan sanguin cardiovasculaire. Enfin la biologie de suivi : NFS, ionogramme, ECBU avec antibiogramme, glycémie, créatininémie, HbA1c, renouvellement de l'INR sous AVK.
Deux garde-fous encadrent tout cela, et il ne faut surtout pas les prendre à la légère : chaque prescription est inscrite au dossier patient ou au dossier médical partagé, et le pharmacien doit pouvoir consulter la prescription initiale lors d'un renouvellement à l'identique. En clair, votre prescription laisse une trace opposable. C'est le prix, juste, de l'autonomie. À noter que les anciennes listes restreintes, dont l'arrêté de 2012 sur les dispositifs médicaux et celui de 2023 sur les vaccins, sont abrogées.
Le détail qui montre que le texte vous fait confiance
Il y a, dans ce dossier, un arbitrage passé presque inaperçu et qui en dit long. Dans son avis rendu le 11 juin 2026, la Haute Autorité de santé avait émis un avis favorable, mais sous réserve : elle demandait de retirer la NFS et le ionogramme de la liste, ou de les réserver aux infirmiers en pratique avancée, estimant que, sans rattachement à un contexte clinique, leur indication et leur interprétation dépassaient le champ de l'infirmier en soins généraux (Caducee.net, juin 2026).
L'arrêté final n'a pas suivi cette réserve. Il maintient la NFS, les plaquettes et le ionogramme dans le champ de tous les infirmiers, mais en les rattachant à une pathologie connue ou à des symptômes évocateurs. Le message est double, et il vous concerne directement. On vous accorde une compétence large, mais on vous demande en retour de savoir justifier chaque indication par le contexte clinique. Ce n'est pas un blanc-seing, c'est une confiance conditionnée à votre raisonnement. Et c'est exactement ce sur quoi une formation solide fait la différence.
Les actes lourds arrivent aussi, avec leurs conditions
Plusieurs actes jusqu'ici hors de votre champ y entrent, mais aucun n'est un droit sans cadre. Deux méritent une vigilance particulière.
L'infirmier peut établir le constat et rédiger le certificat de décès, mais sous conditions strictes : disposer de la formation dédiée, intervenir en l'absence de médecin disponible dans un délai compatible avec la situation, et uniquement pour un décès à caractère non suspect. Le cadre relève à la fois du code de la santé publique et du code général des collectivités territoriales. Ce n'est pas un acte de routine, c'est une réponse à la pénurie médicale, à manier avec prudence.
La mise en œuvre, la surveillance et l'évaluation de la sédation profonde et continue entrent également dans votre périmètre, tout comme les soins de support en oncologie et en psychiatrie, la médiation thérapeutique et les transports sanitaires paramédicalisés, dans le cadre d'une unité mobile hospitalière paramédicalisée de SMUR ou du service de santé des sapeurs-pompiers. À chaque fois, la logique est la même : plus de champ, plus d'exigence de traçabilité et de formation.
Votre équipe change aussi de cadre
L'autonomie ne s'arrête pas à vous. Le texte précise ce que vous pouvez confier, sous votre responsabilité, aux aides-soignants, auxiliaires de puériculture et accompagnants éducatifs et sociaux : recueil de paramètres, aide aux soins d'hygiène, prévention des escarres, surveillance non invasive. La répartition des rôles devient explicite, ce qui sécurise la coopération, à condition de la formaliser dans vos protocoles plutôt que de la laisser à l'usage.
- Documenter chaque consultation et chaque prescription au dossier patient ou au DMP : sans trace, pas de couverture.
- Vérifier votre statut de formation, notamment pour la vaccination, qui suppose une déclaration à l'ordre et parfois une attestation, avec une dispense pour la grippe et la covid-19 seules.
- Savoir justifier l'indication clinique d'un examen biologique, puisque c'est la condition posée par le texte.
- Formaliser par écrit ce que vous déléguez à l'équipe.
Sources : arrêtés du 26 juin 2026 fixant la liste des actes et soins (NOR SFHH2617311A) et la liste des produits de santé et examens complémentaires que les infirmiers diplômés d'État sont autorisés à prescrire ou à renouveler (NOR SFHH2610764A), publiés au Journal officiel du 27 juin 2026 ; avis de la Haute Autorité de santé du 11 juin 2026 ; décret n° 2025-1306 du 24 décembre 2025. Cet article a une vocation d'information générale et ne se substitue pas au texte intégral des arrêtés.
La grille de décision des arrêtés du 26 juin 2026
Ce que vous décidez seul, ce que vous prescrivez, ce qui impose encore le médecin. Un tableau clair à garder en tournée. On vous l'envoie par email tout de suite.
Transformer l'autonomie en sécurité, pas en risque
Ces arrêtés sont les textes d'application du décret du 24 décembre 2025 sur les compétences infirmières (décret n° 2025-1306). Le cadre existait, il devient opérationnel. Mais un pouvoir de décision élargi sans méthode d'évaluation solide, c'est un risque qui se retourne contre le soignant. Une formation continue dédiée à la prescription et au raisonnement clinique de l'infirmier vous donne le périmètre exact, les conditions et les points de vigilance pour exercer cette autonomie sans exposer votre responsabilité. Elle se suit en ligne, à votre rythme, et peut être financée à 100 % par votre DPC.