En résumé. La loi du 27 juin 2025 sur la profession d'infirmier, puis le décret du 24 décembre 2025, font entrer dans le droit trois notions longtemps attendues : la consultation infirmière, le diagnostic infirmier et un droit de prescription encadré. Ces avancées ne deviennent pleinement applicables qu'à la publication de deux arrêtés, attendue au plus tard le 30 juin 2026. Voici ce qui est acté, ce qui reste à confirmer, et comment s'y préparer sans devancer les textes.
Trois notions qui entrent dans le droit
Le cadre réglementaire de la profession infirmière reposait pour l'essentiel sur des textes anciens, centrés sur des actes exécutés sur prescription. La loi du 27 juin 2025 puis le décret du 24 décembre 2025 changent la logique de fond : ils reconnaissent à l'infirmier une capacité d'évaluation et de décision propre, dans son champ de compétences.
Le texte fait trois choses. Il donne une existence juridique à la consultation infirmière. Il nomme et encadre le diagnostic infirmier. Et il ouvre à l'infirmier diplômé d'État la possibilité de prescrire une partie des produits de santé et des examens, dans des limites qui seront fixées par des listes ministérielles à venir.
Loi n° 2025-581 du 27 juin 2025 relative à la profession d'infirmier : elle pose le principe de la consultation infirmière et prévoit qu'elle ne relève plus de l'exercice illégal de la médecine, dès lors que les conditions fixées par décret sont respectées. Décret n° 2025-1306 du 24 décembre 2025 : il détaille les activités et compétences, dont la consultation, le diagnostic infirmier et la prescription, dont l'application est renvoyée à des arrêtés.
Anticiper la réforme avec la formation Prescription infirmière
Raisonnement clinique, cadre de responsabilité, périmètre de prescription : la formation dédiée vous prépare à exercer ces nouvelles compétences en sécurité. En ligne, à votre rythme, finançable par votre DPC ou le FIF-PL sous réserve d'éligibilité.
Réserver ma place →La consultation infirmière
La consultation infirmière devient une activité fondée en droit. Elle permet à l'infirmier de mener un temps d'évaluation structuré, d'identifier des besoins de santé relevant de son champ de compétences et d'organiser une réponse, sans que cela soit assimilé à un exercice illégal de la médecine.
Pour l'infirmier libéral, c'est la reconnaissance d'une pratique qui existait déjà sur le terrain, mais qui n'avait pas de base juridique claire : recevoir un patient, faire le point sur sa situation, décider d'une conduite à tenir dans le périmètre infirmier, tracer cette évaluation.
Le diagnostic infirmier
Le décret explicite le diagnostic infirmier comme l'identification des besoins de santé qui relèvent du champ de compétences de l'infirmier. Il ne s'agit pas d'un diagnostic médical, mais de la formalisation d'un raisonnement clinique infirmier : repérer un problème, le nommer, en déduire des actions et un suivi.
Cette clarification a un intérêt pratique direct. Elle sécurise la traçabilité du raisonnement et donne un cadre à des décisions que les IDEL prennent quotidiennement, de l'évaluation d'une plaie au repérage d'une situation de fragilité à domicile.
La prescription : un principe ouvert, des listes à venir
C'est l'avancée la plus commentée, et celle qui demande le plus de prudence. Le décret ouvre la possibilité pour l'infirmier de prescrire certains produits de santé et certains examens complémentaires, y compris en dehors d'une prescription médicale préalable. Mais le périmètre exact n'est pas encore fixé.
Deux arrêtés sont attendus pour rendre le dispositif opérationnel : un arrêté fixant la liste des actes et soins relevant du rôle propre, et un arrêté fixant la liste des produits de santé et examens que les infirmiers seront autorisés à prescrire. Le volet prescription doit en outre être soumis pour avis à la Haute Autorité de santé et à l'Académie nationale de médecine avant publication.
À la date de publication de cet article, les listes précises ne sont pas encore parues. Tant que les arrêtés ne sont pas publiés au Journal officiel, aucun nouveau droit de prescription n'est exerçable. Il faut donc se préparer, mais ne rien anticiper dans la pratique : prescrire un produit ou un examen non encore inscrit sur la liste resterait hors cadre.
Le calendrier d'entrée en vigueur
Le décret prévoit une entrée en vigueur le lendemain de la publication de l'arrêté pris pour l'application de l'article L. 4311-1 du code de la santé publique, et au plus tard le 30 juin 2026. Autrement dit, l'échéance est proche : soit les arrêtés paraissent avant cette date et fixent le point de départ, soit le dispositif s'applique de plein droit au 30 juin 2026 pour la partie qui ne dépend pas d'une liste.
Pour un infirmier libéral, la bonne posture est de suivre la parution des arrêtés de près, et de considérer que le périmètre concret de la prescription ne sera lisible qu'à ce moment-là.
Ce que ça change concrètement pour l'IDEL
Au-delà du symbole, cette réforme déplace la frontière de l'autonomie infirmière. Trois conséquences pratiques se dessinent :
- Plus de responsabilité clinique. Consultation et diagnostic infirmiers supposent un raisonnement structuré et tracé. La rigueur de l'évaluation devient un enjeu juridique autant que clinique.
- Un périmètre de prescription à maîtriser dès sa parution. Connaître précisément ce qui est autorisé, et ce qui ne l'est pas, conditionnera la sécurité de la pratique.
- Un besoin de mise à niveau. Raisonnement clinique, traçabilité, cadre de responsabilité : ce sont des compétences qui se travaillent, pas des automatismes.
- Ne pas confondre diagnostic infirmier et diagnostic médical : le champ reste celui des besoins de santé relevant de la compétence infirmière.
- Attendre la parution des arrêtés avant d'élargir toute pratique de prescription.
- Documenter systématiquement la consultation et le raisonnement : c'est la contrepartie de l'autonomie.
- Vérifier les sources officielles (Légifrance, Ordre national des infirmiers) plutôt que les relais secondaires, sur un sujet qui évolue vite.
Ce qu'il faut retenir
La réforme de 2025 reconnaît enfin en droit ce que les infirmiers font déjà en pratique, et ouvre un droit de prescription qui prendra sa forme définitive avec les arrêtés attendus au plus tard le 30 juin 2026. C'est une évolution de fond du métier, qui se prépare dès maintenant sur le plan des compétences, sans devancer des textes qui ne sont pas encore publiés.
Sources : Loi n° 2025-581 du 27 juin 2025 relative à la profession d'infirmier ; Décret n° 2025-1306 du 24 décembre 2025 relatif aux activités et compétences de la profession d'infirmier (Légifrance) ; Ordre national des infirmiers, communications sur la loi du 27 juin 2025 et le décret du 24 décembre 2025. Cet article est informatif et reflète l'état des textes à sa date de publication. Il ne se substitue pas aux textes officiels, qui font foi.
Se mettre à niveau avec une formation financée
Pour aborder cette évolution du métier avec un raisonnement clinique solide et un cadre de responsabilité maîtrisé, une formation continue dédiée permet de sécuriser votre pratique. Elle se suit en ligne, à votre rythme, et peut être financée par votre DPC ou le FIF-PL, sous réserve de votre éligibilité.