En résumé. Le 2 juillet 2026, l'ANSM a publié une alerte sur les peptides injectables vendus sur internet, les réseaux sociaux ou par des circuits informels, présentés comme des produits minceur, anti-âge ou de récupération sportive. Rétatrutide, BPC-157, GHK-Cu, TB-500, hormone de croissance, NAD+ : ces substances sont soit non évaluées ni autorisées comme médicaments en France, soit détournées de leur usage médical encadré, comme l'hormone de croissance. Plusieurs événements indésirables graves ayant conduit à une hospitalisation ont été signalés. Pour le pharmacien, comme pour tout professionnel de santé en contact avec des patients en démarche de perte de poids, l'enjeu est de savoir repérer ces usages et d'orienter correctement.
Ce que dit l'alerte ANSM du 2 juillet 2026
Dans une actualité publiée le 2 juillet 2026, l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) alerte sur les risques liés aux peptides proposés « sur internet, les réseaux sociaux ou via des circuits informels, notamment des entraîneurs sportifs ou des proches ». Certains sont présentés comme des médicaments « alors qu'ils n'ont pas été évalués ni autorisés », rappelle l'agence. D'autres sont vendus comme des compléments alimentaires, alors que leur action pharmacologique dépasse largement ce que cette catégorie de produits est censée exercer.
Cette alerte fait suite à celle de l'ANSM et de l'Agence européenne du médicament (EMA), publiée dès septembre 2025, sur les analogues du GLP-1 contrefaits achetés en ligne. Le terme « peptides » utilisé en juillet 2026 est plus large : il englobe le rétatrutide, un triple agoniste des récepteurs GLP-1, GIP et glucagon non commercialisé en France, mais aussi des substances sans lien avec la prise en charge de l'obésité, comme le BP180, le TB-500, l'hormone de croissance (GH), le GHK-Cu ou le NAD+.
Rétatrutide, BPC-157, GH : de quoi parle-t-on exactement ?
Ces produits sont le plus souvent vendus sous forme de flacons injectables ou de stylos injecteurs, parfois aussi en comprimés ou gouttes à avaler. Leur composition réelle est incertaine : rien ne garantit ni le dosage annoncé, ni l'absence de contaminants, ni même la présence effective de la molécule revendiquée. L'ANSM indique poursuivre ses investigations pour « prendre les mesures nécessaires, le cas échéant, pour les produits relevant de sa compétence ».
- Rétatrutide : agoniste triple GLP-1/GIP/glucagon, présenté comme un « super GLP-1 » pour la perte de poids. Non autorisé en France, à ne pas confondre avec le semaglutide ou le tirzepatide qui disposent d'une AMM.
- BPC-157, TB-500 : peptides présentés comme favorisant la cicatrisation tissulaire ou la récupération sportive, sans évaluation clinique reconnue en France.
- Hormone de croissance (GH) : médicament autorisé pour des indications précises (déficit somatotrope notamment), mais ici détourné de son usage encadré et vendu hors prescription pour des allégations anti-âge ou de performance physique.
- GHK-Cu, NAD+, entre autres substances recensées par l'ANSM : commercialisés hors du circuit du médicament, sans évaluation ni autorisation pour ces usages.
Les effets indésirables graves déjà signalés
L'ANSM rapporte de nombreux signalements après l'usage de ces produits, « notamment le rétatrutide », avec des événements indésirables graves ayant nécessité une hospitalisation. Les risques sont plus élevés avec les formes injectables. Les effets indésirables rapportés incluent :
- nausées, vomissements, diarrhées, douleurs abdominales ;
- perte d'appétit importante et déshydratation ;
- fatigue intense, malaise, sensation de vertiges ;
- atteinte hépatique ;
- dysesthésies ;
- infection au point d'injection ;
- réaction allergique sévère.
Certains signes sont objectivables au comptoir ou imposent une orientation immédiate. Une atteinte hépatique peut se traduire par un ictère, des urines foncées ou des transaminases élevées si le patient dispose d'un bilan sanguin récent. Une infection au point d'injection (rougeur, chaleur, écoulement) survenant après un geste réalisé hors circuit de soins doit faire remonter la question de l'origine du produit. Une réaction allergique sévère (œdème, difficulté respiratoire) impose une orientation en urgence. Une déshydratation ou un malaise après des vomissements ou diarrhées répétés, dans un contexte de perte de poids rapide non médicalement suivie, sont également des signaux à ne pas laisser passer.
Un patient qui évoque une perte de poids rapide, une « sèche » ou un traitement « anti-âge » obtenu sans ordonnance et sans passage en pharmacie mérite une question directe sur l'origine du produit. Les étiquetages portant la mention « For research use only », « Réservé à la recherche » ou « Not for human use » signalent un produit qui n'est ni un médicament ni un complément alimentaire autorisé pour un usage humain, quelle que soit la présentation commerciale.
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Réserver ma place →Pourquoi ce marché se développe malgré le remboursement des GLP-1 autorisés
Depuis le 15 juin 2026, le semaglutide et le tirzepatide sont remboursés à 65 % dans l'obésité sous conditions, un cadre que nous avions détaillé dans un précédent article. Mais ce remboursement reste soumis à des critères d'éligibilité, à une prescription initiale hospitalière ou spécialisée selon les cas, et à des délais d'accès. Cet écart entre la demande sociale de perte de poids rapide et le parcours de soins encadré nourrit un marché parallèle, où des produits non autorisés se présentent comme des alternatives plus rapides ou moins contraignantes. La confusion entre GLP-1 légitimement prescrits et peptides non autorisés est précisément ce que l'alerte ANSM cherche à dissiper.
Que répondre à un patient concerné : la conduite à tenir
L'ANSM propose des conseils clairs, transposables directement au comptoir ou en consultation :
- Ne pas acheter de peptides injectables, à avaler ou à boire sur internet, les réseaux sociaux ou par l'intermédiaire d'une connaissance.
- Ne jamais injecter un produit qui n'a pas été prescrit par un médecin et obtenu en pharmacie.
- Ne pas se fier aux promesses de perte de poids rapide, de « sèche », de récupération ou d'effet « anti-âge ».
- En cas d'achat hors circuit officiel : arrêter l'utilisation et consulter rapidement un professionnel de santé si des effets indésirables apparaissent, même à distance de la prise.
- En cas de détresse vitale : appeler le 15 (SAMU) ou le 18 (Pompiers).
- Un effet indésirable peut survenir à tout moment après la prise, pas seulement au moment de l'injection.
- En tant que professionnel de santé, le pharmacien est lui-même déclarant de pharmacovigilance : il peut signaler directement tout événement indésirable associé à un peptide frauduleux sur le portail de signalement du ministère de la Santé (signalement.social-sante.gouv.fr), sans attendre que le patient le fasse lui-même.
- Toute vente repérée sur internet ou les réseaux sociaux peut être signalée sur Pharos (internet-signalement.gouv.fr).
- Ne pas confondre ces produits avec les analogues du GLP-1 disposant d'une AMM et dispensés en pharmacie sur prescription.
Ce qu'il faut retenir
L'alerte de l'ANSM du 2 juillet 2026 élargit à toute une famille de peptides une vigilance déjà engagée depuis septembre 2025 sur les faux analogues du GLP-1. Le point commun de ces produits n'est pas leur molécule mais leur statut : hors évaluation, hors autorisation, hors circuit pharmaceutique, avec une composition et des risques que personne ne peut garantir. Pour le professionnel de santé, la vigilance ne consiste pas à diaboliser la recherche de perte de poids ou de mieux-être, mais à distinguer clairement ce qui relève du médicament encadré de ce qui relève d'un marché non contrôlé, et à orienter sans délai en cas de doute.
Sources : ANSM, « Peptides » vendus en ligne : ne les utilisez pas, ils peuvent être dangereux (actualité du 2 juillet 2026) ; ANSM, Alerte sur les risques associés à l'achat sur internet d'aGLP-1 contrefaits (9 septembre 2025) ; EMA, Warning about sharp rise in illegal medicines sold in the EU (3 septembre 2025). Cet article est informatif ; en cas de doute sur un produit ou un symptôme, consultez un professionnel de santé ou l'ANSM.
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